Objet de fétichisme, de passion, de caprice, le soulier est, plus qu’un accessoire de mode, un symbole qui révèle nos désirs les plus inconscients.

Tantôt rapide ou traînarde, cirée ou maculée de boue, neuve ou élimée, la chaussure est ce qui nous relie à la terre, notre point d’ancrage dans le sol. Elle accompagne les premiers pas hésitants, elle protège les petits arpions intrépides et offre son premier talon, sa première bride, ses premiers lacets à l’enfant dès lors intronisé « grand ». Juché sur son piédestal, l’on se dresse pour contempler le monde de toute sa hauteur. Les pieds athlètes s’élancent dans le confort de leurs tennis, les gambettes sublimées d’escarpins à talons aiguilles enjambent de leur démarche chaloupée un sol périlleux. Symboles de puissance, tour à tour pratiques, coquines et élégantes, les chaussures nous racontent une histoire, la leur mais aussi la nôtre.

Le soulier, symbole de pouvoir et de liberté

« Rêve de commencement, promesse d’aventure, toutes les petites filles croient avec Cendrillon qu’une chaussure peut changer la vie » nous conte Linda O’ Keeffe dans Une fête : escarpins, sandales, chaussons… chaussures.

Le soulier dégage une force symbolique que l’on retrouve dans nombre de contes et de légendes. Ainsi, dans la mythologie gréco-romaine, le dieu Hermès peut officier en toute liberté à son rôle de messager grâce à ses sandales ailées qui lui permettent de voler.

La toute-puissance peut aussi résider dans le pouvoir de séduction du palais des orteils. Aphrodite, déesse grecque de l’amour, a souvent été représentée nue, chaussée exclusivement d’une paire de sandales. La pantoufle de verre ou de vair permet à Cendrillon d’accéder non seulement à l’amour mais à la liberté et au bonheur éternel. Instrument de revanche également, la botte de sept lieues aide le Petit Poucet à triompher de l’Ogre et à conquérir son indépendance.

Les chaussures transportent aussi d’un monde à un autre à l’instar de Dorothy qui quitte le pays d’Oz grâce à la magie de ses souliers rouges à paillettes.

Cette symbolique du pouvoir se manifeste en outre dans certaines cultures. Jadis, la tradition anglo-saxonne voulait qu’avant le mariage, le père de la future mariée remette au fiancé l’un des souliers de sa fille en signe du transfert de l’autorité.

Quand la semelle du peuple crache son mépris contre les politiciens

La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?
La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?

Les Egyptiens et les Romains dessinaient les visages de leurs ennemis sur les semelles des sandales afin de pouvoir littéralement leur marcher dessus.

Dans le monde arabe on se déchausse pour entrer dans une maison ou une mosquée, on colle aussi les semelles l’une contre l’autre pour ne point salir les lieux. Lancer une chaussure à la tête de George W. Bush ou de tout autre homme politique équivaut à lui cracher à la figure.

Des reliques du passé chargées en émotion

Non contente de son empreinte dans le monde de la mode et dans l’Histoire même, la chaussure est avant tout choyée pour cet album de souvenirs olfactif et tactile qu’elle représente. Ouvrir la boîte des premiers chaussons de son enfant, sortir du papier d’emballage les escarpins soigneusement conservés depuis le jour de son mariage, autant d’émotions procurées par les réminiscences attachées à ses basques.

« On peut dire beaucoup de choses des gens en regardant leurs chaussures. Où ils vont. Où ils sont allés. » nous dit Tom Hanks dans Forrest Gump.

La chaussure, cet objet de collection

La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?
La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?

En France, elle s’écoule à 320 millions de paires chaque année, soit environ 5 ou 6 paires de souliers par an et par personne. Cette moyenne augmente sensiblement dès que l’on considère le sexe de la clientèle. Les femmes sont en effet les premières acheteuses et disposent généralement dans leur placard d’une bonne dizaine de chaussures. Essentielles, les sandales pour l’été, indispensables, les escarpins à talon mais aussi les petites ballerines, les bottes, les mules, les sabots, les mocassins, les espadrilles, les Pataugas, les Reebook…

Les passionnées avouent en posséder une centaine – une peccadille quand on sait que Joséphine de Beauharnais en possédait plus de 500 paires – et les exposent via leurs blogues sur internet. L’achat est compulsif. La chaussure, irrésistible, fait d’une perle un clin d’œil, d’une cambrure un sourire. Elle séduit l’acheteuse qui compte bien jouer la femme fatale sur ses talons.

A ne pas exclure, la gent masculine qui chez la jeune génération met un point d’honneur à collectionner notamment les Converse dans chaque coloris de la gamme : noir, vert anis, rouge, orange, bleu vif, gris perlé….

Les avantages de la chaussure

La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?
La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?

On lui cirera les pompes jusqu’au bout à notre godasse de grand chemin car son éloge ne pourrait se faire sans citer tous ses avantages. Le pied a ceci de particulier qu’il ne grossit pas, contrairement aux parties du corps qu’enveloppent lingerie et autres vêtements. De fait, changer de paire de chaussures ne peut nous renvoyer qu’une image positive de soi.

La chaussure se porte comme un bijou. Aux pieds le modèle désenchanté par l’usage mais bien confortable, dans le placard celui intact, magique, qui nous transforme en princesse le temps d’une soirée.

Quel est mon désir en me chaussant ?

La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?
La folie des chaussures : pourquoi les collectionne-t-on?

Vous vous entichez des stylettos, le talon aiguille fait de vous une séductrice armée d’un symbole phallique qui vous donne le pouvoir et qui affole les sens des hommes soumis à votre poignard. En revanche, si vous raffolez des sandales à lanières, celles qui emprisonnent si joliment la cheville, si vous succombez au charme d’une boucle fermée comme celui d’une ceinture au bout de votre pied, votre plaisir réside dans la soumission.

Mais la chaussure est aussi une quête symbolique de consolation, de sagesse et de voyages. Si l’on achète plus de souliers qu’on en porte au quotidien, c’est une façon de se changer les idées, de fuir un passé au pas de course, de se faire plaisir en sublimant la femme qui est en nous comme pour oublier ce chagrin que l’on soignait enfant avec une sucrerie ou un câlin.

De même que le vêtement, les chaussures sont un signe distinctif de rang social et d’aisance matérielle. Se chausser c’est alors se montrer et mettre autrui à ses pieds.